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La leçon

3.1 Diodes

RAS 1 de 9 du domaine 3 · Semi-conducteurs et analogique

Jonction, redressement, Zener, DEL, Schottky, diode de roue libre.

Comprendre

Une DEL rouge, un pack de 12 V et, sur la fiche, « 2 V, 20 mA ». Le réflexe est de lui donner ses 2 V. On ne le fait jamais, et le pourquoi passe par un cristal de plomb et une pointe de fil.

En 1874, Ferdinand Braun pose un fil sur un cristal de galène et voit le courant passer dans un sens et presque pas dans l’autre. Personne ne sait pourquoi. Jagadish Chandra Bose dépose un brevet de détecteur à cristal en 1901, Greenleaf Pickard un autre, au silicium, en 1906, et le poste à galène des années 1920 vit de cette ignorance : on promène la « moustache de chat » sur la pierre jusqu’au point qui redresse. Il faudra Schottky et Mott, en 1938, pour expliquer ce contact de métal sur cristal : soixante ans de redresseurs sans théorie du redressement.

Le tube à vide prend le nom (Eccles forge « diode » pour lui en 1919) et le marché. Le cristal revient par les Bell Labs. En 1939, Russell Ohl étudie des barreaux de silicium pour la radio ; l’un d’eux, fendu, sépare deux zones d’impuretés différentes, et en 1940, quand on l’éclaire, une tension apparaît à ses bornes. La jonction P-N est trouvée avant d’être cherchée. Shockley en écrit la théorie en 1949, les trous d’un côté, les électrons de l’autre, une zone vide de porteurs entre les deux, et un courant qui monte en exponentielle de la tension appliquée.

À l’établi, l’exponentielle dit que la tension bouge peu et le courant beaucoup : dix fois plus de courant pour soixante millivolts de plus dans la diode idéale de Shockley, le double sur une vraie diode de l’établi. D’où les nombres qu’on retient. De 0,6 à 0,7 V pour le silicium ; de 0,2 à 0,4 V pour une Schottky, un contact de métal sur silicium ; de 1,8 à 3,3 V pour une DEL selon sa couleur, parce que la marche que l’électron descend dans la jonction sort en lumière, rouge chez Holonyak en 1962, bleue chez Akasaki, Amano et Nakamura, Nobel 2014, et la blanche est une bleue sous un phosphore.

Revenons à la DEL. Sous 2,0 V celle de la fiche tire 20 mA, mais la fiche dit aussi « 2,6 V max » : sa voisine du sachet n’en tire que 2 à cette tension, et la première en tire 40 sous 2,2 V, puis plus encore quand elle chauffe, parce que son seuil baisse. On ne fixe donc jamais la tension d’une diode, on fixe son courant, par une résistance qui avale le reste. Sur 12 V, une DEL rouge de 2 V et 20 mA voulus, (12 − 2) ÷ 0,020 = 500 Ω, 470 Ω dans la série E12, 21 mA, et la résistance dissipe 10 V × 21 mA = 0,21 W, donc une demi-watt. Le témoin de charge d’un pack est exactement ça, et la résistance est la pièce qui chauffe.

La deuxième diode de la maison ne redresse rien ; elle attend. Une bobine, relais ou moteur, ne veut pas que son courant s’arrête. Quand le transistor l’ouvre, elle produit la tension qu’il faut pour le maintenir, des centaines de volts, et c’est le transistor qui les prend. La diode de roue libre, en parallèle sur la bobine et bloquée tant que le relais est alimenté, lui donne un chemin, et le courant s’éteint en quelques millisecondes au lieu de crever quelque chose. Sur le relais du robot de classe, une 1N4007 suffit. Dans un contrôleur de moteur, c’est une Schottky de puissance, et ses 0,5 V sous 30 A font quand même 15 W ; le radiateur est là pour elle.

L’erreur classique : brancher la DEL « de 2 V » sur une pile bouton de 3 V, la voir s’allumer, et conclure qu’elle s’alimente en tension. Elle s’est allumée parce que la pile bouton ne pouvait pas donner plus. Le pack pourra.

Ce que la source n’a pas

La Schottky du contrôleur de moteur. Kuphaldt la montre dans les alimentations à découpage ; il ne dit pas qu’à 20, 40 et 60 A, dans un contrôleur, 0,5 V au lieu de 1 V divise la chaleur par deux, et que ce reste va au radiateur.

La DEL blanche de puissance. Sa table l’arrête à 35 lumens par watt ; celles d’aujourd’hui passent 150. Une DEL de 1 W, 3 V sous 350 mA, ne survit que collée à un radiateur. La jonction qui chauffe baisse son seuil, tire plus de courant à tension fixe, et chauffe encore.

Voir

À venir : la courbe courant-tension de trois diodes sur le même graphe, une 1N4007 au silicium, une Schottky 1N5819 et une DEL rouge, de 0 à 50 mA, trois murs presque verticaux vers 0,65 V, 0,3 V et 1,9 V. Et la trace d’oscilloscope du relais qu’on coupe, avec et sans sa diode.

Les cibles

  1. La jonction et le seuil. La jonction PN expliquée en cinq phrases ; puis un silicium, une Schottky et une DEL au multimètre en fonction diode, puis sous 10 mA par une résistance, et l’écart expliqué.
  2. Le redresseur. Demi-onde puis pont à l’oscilloscope ; C ≈ I × Δt ÷ ΔU, Δt = 8,3 ms pour un pont à 60 Hz : 0,5 A et 2 V d’ondulation demandent 2 100 µF, on prend 2 200.
  3. La Zener. Une 5,1 V et sa résistance sur 12 V ; ce qu’elle dissipe, U × I à ses bornes, au pire, charge débranchée.
  4. La résistance de la DEL. (U alimentation − U DEL) ÷ I, la valeur E12 voisine, sa puissance ; et pourquoi la tension seule ne suffit pas, l’exponentielle à l’appui.
  5. La roue libre. La diode en parallèle sur la bobine, cathode vers le plus ; l’oscilloscope sur le transistor, la pointe sans, la pointe avec.
  6. L’écrêteur et le fixateur. Les deux montages sous 10 V crête ; ce qui est coupé, ce qui est déplacé, et le 0,7 V qui reste.
  7. Le doubleur. Deux diodes, deux condensateurs ; la tension à vide, la tension sous 1 kΩ, et pourquoi elle tombe.
  8. Diagnostic. Le pont dont une diode est morte : une bosse sur deux manque ; la morte se trouve en fonction diode, sans dessouder.

Les idées fausses

  • « L’ohmmètre lit la résistance de la diode. »Il lit un nombre qui dépend du courant que lui-même envoie, sans sens physique, dit Kuphaldt ; il dit tout de même dans quel sens elle conduit. La fonction diode, qui lit une tension, dit le reste.
  • « Une DEL de 2 V se branche sur 2 V. »Sous 2 V celle-ci tire 20 mA, la suivante du sachet en tire 2, et toutes en tirent plus en chauffant. On fixe le courant, et la tension se place.
  • « La diode de roue libre protège le relais. »La bobine n’a rien à craindre, c’est elle qui produit la pointe. On protège le transistor qui l’ouvre, ou les contacts ; Kuphaldt parle de l’arc aux contacts.

Le mot

Diode

William Eccles, Anglais, 1919, du grec di, deux, et hodos, chemin : deux électrodes dans un tube à vide, l’année où la tétrode en reçoit quatre. Le mot compte les bornes, pas le sens, et c’est l’ironie à garder, une diode a deux chemins de nom et un seul en fait. Le cristal de galène a hérité du mot quand le tube l’a quitté. En anglais, diode, le même mot ; anode et cathode sont deux autres mots grecs, forgés en 1834 par Whewell pour Faraday.

Lire

Kuphaldt, Lessons in Electric Circuits, volume III (Semiconductors), chapitre 3 : Diodes and rectifiers. « Introduction » donne la jonction, le 0,7 V et l’équation de la diode ; « Meter check of a diode », pourquoi l’ohmmètre sur une diode ne vaut rien ; « Rectifier circuits », de la demi-onde au pont et ses deux chutes, 1,4 V ; « Inductor commutating circuits », la roue libre, qu’il appelle commutating diode ; « Zener diodes », « Schottky diodes » et « Light-emitting diodes », le reste du RAS, la résistance série comprise (une DEL de 1,6 V sous 6 V, 220 Ω). « Clipper circuits », « Clamper circuits », « Voltage multipliers », les cibles 6 et 7. Il écrit en sens des électrons ; voir 1.1.

Passerelles

Physique
La couleur d’une DEL est la hauteur de sa bande interdite ; 1,9 eV font du rouge, 2,7 du bleu, et le seuil suit, Bande interdite.
Chimie
Un atome de phosphore dans le silicium apporte un électron de trop, un atome de bore un de moins ; N d’un côté, P de l’autre, Dopage (semi-conducteur).
Mathématiques
Le courant d’une diode est une exponentielle de sa tension, dix fois plus par soixante millivolts dans la diode idéale, et la courbe a l’air d’un mur, Fonction exponentielle.
Histoire
Braun 1874, Bose 1901, Pickard 1906 : le redresseur a plus de soixante ans quand Schottky et Mott expliquent ce qu’il fait, Crystal detector.

Ce que ça débloque

Et ensuite ?

  • 3.2 Transistors bipolaires : deux jonctions dos à dos, et le 0,7 V qui revient entre base et émetteur.
  • 1.1 La charge et son mouvement : les trous et les électrons, et la flèche de la diode en sens conventionnel.
  • 6.4 Le panneau : la cellule est une diode qu’on éclaire, et la diode de dérivation la protège de l’ombre.
  • La manip à écrire, « Trois seuils au multimètre » : une 1N4007, une Schottky et une DEL, en dix minutes.