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La leçon

1.2 Les grandeurs

RAS 2 de 9 du domaine 1 · Fondements, courant continu

Charge, courant, tension, résistance, puissance, énergie ; unités, préfixes, ordres de grandeur.

Comprendre

Sur le pack de la scie, trois nombres : 56 V, 5,0 Ah, 280 Wh. Le troisième est le produit des deux autres, et aucun des trois ne dit combien de temps la scie va couper. C’est pourtant la seule question qu’on se pose devant la corde de bois. Il faut six grandeurs pour y répondre, et savoir laquelle manque.

Ce qui passe : la charge (le coulomb, C) et le courant (l’ampère, A), une charge par seconde. Ce qui tire et ce qui retient : la tension (le volt, V) et la résistance (l’ohm, Ω). Ce que lit la facture : la puissance (le watt, W), un débit d’énergie, et l’énergie (le joule, J, ou le wattheure, Wh). Six noms de personnes, et ce n’est pas un hasard. Jusqu’en 1881, chaque laboratoire a son ohm : les télégraphistes comptent en milles de fil, Werner Siemens vend une colonne de mercure, et les nombres ne se raccordent pas d’un bord à l’autre de l’Atlantique. Alors on s’assoit à Paris, au Congrès international des électriciens, et on vote l’ohm, le volt, l’ampère, le coulomb et le farad ; le watt et le joule suivent en 1889. Les unités ne sont pas tombées de la nature, elles ont été votées.

Le watt a une histoire de commerce. Boulton et Watt touchent une redevance sur le charbon que leur machine épargne ; mais le client qui n’a jamais eu de machine compte en chevaux, alors Watt mesure un cheval de manège, arrondit vers le haut, et pose le horsepower, 746 W dans nos unités. Un siècle plus tard, l’unité qui remplace le cheval porte le nom du vendeur.

La puissance est un débit ; l’énergie est ce qui a coulé. Le joule est trop petit pour la maison, alors on compte une puissance tenue une heure : le kilowattheure de la facture, le wattheure du pack, 3 600 joules. Les 280 Wh de l’étiquette font un mégajoule, de quoi monter une tonne de cent mètres.

L’ampère-heure est l’unité des batteries, et Kuphaldt dit en riant qu’on l’a inventée pour compliquer la vie des étudiants. Elle compte une charge, un ampère pendant une heure, 3 600 coulombs ; pas une énergie, parce qu’il lui manque la tension. Sur un pack dont la tension est connue, le raccourci est sans danger : 5,0 Ah à 56 V font 280 Wh. Sur une banque USB, il trompe : les « 10 000 mAh » sont comptés à 3,7 V, la tension de la cellule, soit 37 Wh ; le port donne du 5 V, et 37 Wh à 5 V font 7 400 mAh au mieux, avant que le convertisseur prenne ses dix à vingt pour cent.

Et la scie. Les 280 Wh sont comptés à 56 V ; dans la coupe, où le pack travaille vers 48 V, il en rend plutôt 240. La scie tire autour de 1 800 W dans le bois franc. Le temps, c’est l’énergie divisée par la puissance : 240 Wh ÷ 1 800 W, huit minutes de chaîne dans le bois. Vingt-cinq minutes à la corde, avec les billes à tourner et les reprises, c’est à peu près huit minutes de coupe. Le pack n’a rien ; l’étiquette ne donnait pas de temps parce qu’elle ne connaît pas l’outil.

Les préfixes se lisent par paquets de mille, kilo, méga, giga vers le haut, milli, micro, nano vers le bas, et la faute courante est la casse : 1 mΩ contre 1 MΩ, un milliard entre les deux. L’ordre de grandeur se devine avant de calculer. Une DEL rouge, 20 mA sous 2 V, 40 mW. Un Raspberry Pi 4, de 0,6 à 1,25 A sous 5 V, de 3 à 6 W. La scie, 30 à 40 A sous 48 V, autour de 2 kW. Un panneau de 100 W, 5,5 A à 18 V au soleil d’essai, 60 ou 70 W chez nous à midi en octobre. Cinq ordres de grandeur entre la DEL et la scie.

L’erreur classique : poser le voltmètre sur le pack et conclure. Le voltmètre lit une tension à un instant ; l’énergie est une puissance qui dure, et le seul instrument qui la lit est un compteur, parce qu’il compte le temps.

Ce que la source n’a pas

Le wattheure sur l’étiquette. Kuphaldt compte en ampères-heures, comme les batteries de voiture ; les packs d’aujourd’hui écrivent les Wh parce que le transport aérien les exige : 100 Wh sans permission dans la cabine, 160 Wh avec l’accord de la compagnie, au-delà rien. Un pack de 280 Wh voyage par la route.

La banque USB et sa tension cachée. Rien chez Kuphaldt sur une batterie qui annonce des mAh à une tension et les livre à une autre ; c’est le cas de toute banque USB, et la manip d’à côté le mesure.

Voir

Les cibles

  1. Les six grandeurs. Charge, courant, tension, résistance, puissance, énergie : l’unité et le symbole de chacune, de mémoire, sur une feuille blanche.
  2. Puissance et énergie, avec un pack. Les Wh de l’étiquette, les W de l’outil mesurés ou estimés, et le temps qui en sort ; puis la même phrase pour une banque USB.
  3. Les préfixes. Dix conversions sans faute : mA et A, kΩ et Ω, mAh, Ah et Wh à une tension donnée, dans les deux sens.
  4. Les ordres de grandeur. La DEL, le Raspberry Pi, la scie EGO, le panneau de 100 W : courant et puissance, à un facteur deux près, sans regarder.
  5. Diagnostic. Un pack « 5 Ah » qui ne tient pas le temps annoncé : les trois grandeurs à mesurer pour trancher entre le pack et l’outil, et dans quel ordre.

Les idées fausses

  • « Une banque de 10 000 mAh charge deux fois et demie mon téléphone de 4 000 mAh. »En Wh, l’étiquette dit 2,4 : 37 Wh contre 15,4. Ce qui ramène à deux, ce sont les deux convertisseurs, celui de la banque qui monte à 5 V et celui du téléphone qui redescend, dix à vingt pour cent chacun. Les mAh ne se comparent pas ; les Wh se comparent, puis on retranche les pertes.
  • « Un pack 5 Ah tient deux fois plus qu’un 2,5 Ah. »Sur le même outil et à la même tension, oui. Entre deux marques, non : un 18 V de 5 Ah a 90 Wh, un 56 V de 2,5 Ah en a 140. On compare des Wh, jamais des Ah.
  • « Des watts par heure. »Le watt est déjà un débit, un joule par seconde. « W/h » décrirait une puissance qui change. L’unité d’énergie est le wattheure, un watt multiplié par une heure.

Le mot

Watt

James Watt, Écossais, 1736-1819, n’a pas inventé la machine à vapeur ; il l’a rendue rentable et il l’a vendue. Son cheval-vapeur est un argument de vente devenu unité, resté sur les moteurs deux siècles ; la France s’en fera un plus petit, 735,5 W contre 746. En 1882, William Siemens propose « watt » pour un volt fois un ampère ; le congrès de Paris l’adopte en 1889. L’unité s’écrit en minuscule, watt, et son symbole en majuscule, W, parce que c’est un nom de personne ; même règle pour V, A, Ω et J. En anglais, watt, le même mot.

Lire

Kuphaldt, Lessons in Electric Circuits, volume I (DC), chapitre 2 : Ohm’s Law, « How voltage, current, and resistance relate » pour le tableau des grandeurs, de leurs symboles et de leurs unités, et « Power in electric circuits » pour le horsepower des fabricants de machines à vapeur, 550 livres-pied par seconde, 745,7 W ; il ne raconte pas Watt, c’est ici qu’on le fait. Chapitre 4 : Scientific notation and metric prefixes, la droite des préfixes. Chapitre 11 : Batteries and power systems, « Battery ratings », l’ampère-heure et ce qu’il vaut quand le courant s’éloigne de celui de l’essai ; son résumé l’appelle une capacité d’énergie, et c’est une charge.

Passerelles

Physique
Le joule, c’est un newton sur un mètre ; 1 Wh = 3 600 J, et les 280 Wh du pack montent une tonne de cent mètres, Joule.
Chimie
Une cellule lithium tient environ 250 Wh par kilo ; l’essence, 12 000. Les 280 Wh du pack, c’est trente millilitres d’essence, et un peu plus de deux kilos de pack, Densité d’énergie.
Mathématiques
Les préfixes sautent de trois zéros en trois zéros ; la notation scientifique est leur forme longue, Préfixes du Système international.
Histoire
Paris, 1881 : l’ohm, le volt, l’ampère, le coulomb, le farad ; 1889, le watt et le joule, Exposition internationale d’Électricité de 1881.

Ce que ça débloque

Et ensuite ?