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La leçon

5.1 Le multimètre

RAS 1 de 6 du domaine 5 · Instrumentation et mesure

Tension, courant, résistance, continuité, diode ; ses limites et ses pièges.

Comprendre

Aux lames du pack, 56,3 V. Dans le fil du chargeur, 2,98 A. Sur un fusible, 0,3 Ω. Trois gestes, et pendant cent cinquante ans un seul mouvement d’aiguille derrière. Pour savoir quand l’appareil ment, il faut savoir ce qu’il mesure vraiment : l’aiguille, du courant, rien d’autre ; le numérique, une tension, et le courant par la tension aux bornes d’un shunt. Dans les deux cas, la sonde prend sa part au circuit.

Juillet 1820, Ørsted publie ce qu’il a vu au printemps : l’aiguille d’une boussole tourne près d’un fil parcouru par un courant. Huit semaines plus tard, à Halle, Johann Schweigger enroule le fil en spires autour de l’aiguille, chaque tour ajoute sa poussée, et son multiplicateur est le premier instrument qui voit un courant faible. Le nom qui reste est galvanomètre. Pendant soixante ans l’aimant bouge et la bobine est fixe : l’appareil sent tout morceau de fer dans la pièce et sa déviation ne suit pas le courant. En 1882, Jacques-Arsène d’Arsonval et Marcel Deprez renversent la chose : l’aimant est fixe, le cadre bobiné tourne dans un entrefer où le champ est le même partout, et le miroir, puis l’aiguille de Weston en 1888, avance proportionnellement au courant. C’est encore le cadre mobile de tout appareil à aiguille.

Un cadre mobile ne mesure que du courant, et peu : 50 µA au bout de l’échelle. Tout le reste est de la résistance ajoutée. Une grosse résistance en série, pour que la tension n’y pousse que ces 50 µA : voilà le voltmètre. Une petite résistance en parallèle, un shunt, qui laisse passer presque tout le courant à côté du cadre : voilà l’ampèremètre. Une pile en plus : voilà l’ohmmètre. En 1923, Donald Macadie, ingénieur des postes britanniques, met les trois dans une boîte de chêne, l’AVO, pour ampères, volts, ohms. Le multimètre est né.

Un voltmètre à cadre mobile tire donc du courant du circuit qu’il mesure, et on le disait en ohms par volt : un Simpson 260 à 20 000 Ω/V présente 200 kΩ sur son calibre 10 V. Posé sur un diviseur de deux résistances de 1 MΩ sous 12 V, qui devrait donner 6 V, il lit 1,7 V, parce que ses 200 kΩ en parallèle écrasent la résistance du bas. Puis le Fluke 8020A de 1977, premier portatif numérique à grand succès, présente 10 MΩ fixes quel que soit le calibre, et sur presque tout ce qu’on mesure, 10 MΩ est l’infini. Deux générations ont oublié le problème. Il revient le jour où on lit le diviseur de 1 MΩ par lequel un BMS surveille sa cellule : 1 MΩ en parallèle avec 10 MΩ fait 909 kΩ, la lecture tombe de 6 V à 5,71 V, 4,8 % de moins, et rien sur l’afficheur ne dit que l’instrument a changé le circuit.

Le même infini joue dans l’autre sens. Un fil débranché dans le cabanon, dans la même gaine qu’un fil sous tension, lit 50 V, parfois 80, à 10 MΩ : la capacité entre les deux fils nourrit sans peine un appareil qui ne demande rien. Une ampoule en parallèle, ou le calibre « LoZ » de quelques kilohms, et la tension fantôme tombe à zéro. La charge est la preuve.

Le courant, lui, se mesure en série : le circuit coupé et refermé à travers l’appareil, les 3 A du chargeur par la borne 10 A. Dans cette borne, le multimètre est presque un court-circuit, par construction. Posé en parallèle sur le pack, comme un voltmètre, il laisse le pack décider du courant, des centaines d’ampères, le temps que le fusible saute. C’est pourquoi c’est un fusible HRC, en céramique remplie de sable, coté 1 000 V, fait pour éteindre un arc ; un fusible de verre de même ampérage à sa place est un pétard tenu à la main. Le CAT III 600 V du boîtier dit la même chose pour le secteur : une pointe de 6 000 V venue d’un tableau de distribution n’atteint pas les doigts.

Reste l’alternatif. Un multimètre ordinaire redresse le signal, en prend la moyenne et multiplie par 1,11, le rapport juste pour une sinusoïde seule ; sur un carré, il lit 11 % de trop. « Efficace vrai » veut dire que l’appareil élève au carré avant de moyenner, et le chiffre a un sens sur toute forme, dans sa bande passante et jusqu’à un facteur de crête de trois. Le signal haché d’un contrôleur de moteur, à 8 ou 20 kHz, échappe aux deux : le calibre alternatif est couplé en alternatif et spécifié jusqu’à un kilohertz, et chacun affiche un chiffre qui change avec le rapport cyclique sans être l’efficace. Là, c’est l’oscilloscope.

L’erreur classique : croire l’afficheur parce qu’il est numérique. Quatre chiffres disent la résolution, pas que la sonde a laissé le circuit intact.

Ce que la source n’a pas

Le calibre LoZ et la tension fantôme. Kuphaldt traite la haute impédance comme une qualité ; il ne dit pas qu’un fil mort peut lire 50 V à cause d’elle, ni qu’un calibre à quelques kilohms existe pour trancher.

La catégorie de mesure et le fusible HRC. Rien chez lui sur CAT II, III, IV, ni sur ce qui distingue le fusible à 15 du fusible de verre à 0,50 : le pouvoir de coupure, ce qu’il peut éteindre sans éclater.

L’efficace vrai devant un contrôleur. Son chapitre est en continu ; le redressement moyen et son facteur 1,11 sont au volume II, jamais devant une modulation de largeur d’impulsion.

Voir

À venir : le diviseur de deux résistances de 1 MΩ sous 12 V, dessiné deux fois, sans le voltmètre et avec ses 10 MΩ en parallèle sur la résistance du bas, et les deux lectures, 6,00 V et 5,71 V.

Les cibles

  1. Les cinq mesures. Tension continue et alternative, résistance, continuité, chute de diode, la borne et le calibre nommés avant de poser la sonde : 56 V aux lames, 120 V à la prise, 0,6 V sur une diode, un bip sur un fil.
  2. Le courant en série, et le fusible. Les 3 A du chargeur lus par la borne 10 A, le circuit ouvert pour y mettre l’appareil ; puis dire, sans le faire, ce qui arrive si la même sonde touche le pack en parallèle.
  3. L’impédance d’entrée. Le diviseur de 1 MΩ / 1 MΩ sous 12 V, calculé à 6 V, lu à 5,71 V ; le calcul de 1 MΩ ∥ 10 MΩ qui l’explique, puis la lecture à deux multimètres en parallèle, plus basse encore.
  4. L’efficace vrai. Le 11 % de trop sur un carré, calculé puis lu, à deux appareils dont un seul est efficace vrai.
  5. La pince et le testeur sans contact. Le courant d’un fil à la pince, et pourquoi la pince autour du cordon entier lit zéro ; le testeur sans contact qui bipe sur un fil et pas sur l’autre, et ce qu’il ne voit pas.
  6. Diagnostic. Le fil du cabanon qui lit 50 V débranché : nommer la capacité parasite, poser une ampoule ou le calibre LoZ, montrer le zéro.

Les idées fausses

  • « Le voltmètre ne change rien au circuit. »Il y met 10 MΩ en parallèle. Sur un diviseur de 1 MΩ, c’est 4,8 % de moins ; sur un diviseur de 10 MΩ, un tiers de moins. La règle : au-dessus d’un centième de la résistance du multimètre, calculer avant de croire.
  • « Du 10 A, c’est du 10 A. »Deux fusibles de 10 A diffèrent par ce qu’ils peuvent éteindre. Celui du multimètre est coté 1 000 V et plus de dix kiloampères de pouvoir de coupure ; un fusible de verre coupe quelques dizaines d’ampères et éclate au-delà. L’échanger, c’est garder le chiffre et perdre la protection.
  • « Il y a 50 V sur ce fil, il est sous tension. »À 10 MΩ, 50 V c’est 5 µA, ce qu’une capacité parasite fournit sans peine. Une charge tranche : la tension tient sous une ampoule, le fil est vivant ; elle tombe, c’était un fantôme.

Le mot

GalvanomètreGalvanometer

Luigi Galvani, Bologne, 1791 : des cuisses de grenouille qui se contractent entre deux métaux, et la conviction qu’une électricité animale les habite. Volta montre que c’est le métal, et la pile en sort. Le nom de Galvani reste pourtant sur l’instrument qui mesure le courant de Volta : Schweigger appelle le sien « multiplicateur », et c’est Ampère, qui met en équations ce qu’Ørsted a vu, qui propose « galvanomètre » dans son mémoire de 1820. En anglais, galvanometer, le même mot ; le cadre mobile se dit meter movement, le « mouvement » des horlogers.

Lire

Kuphaldt, Lessons in Electric Circuits, volume I (DC), chapitre 8 : DC metering circuits. « What is a meter? » et « Voltmeter design » pour le cadre mobile et la résistance en série ; « Voltmeter impact on measured circuit » pour les ohms par volt, avec un diviseur chargé ; « Ammeter design » et « Ammeter impact on measured circuit » pour le shunt et pour la pince ; « Ohmmeter design » pour la pile dedans et la règle qui suit, jamais sur un circuit sous tension ; « High voltage ohmmeters » pour le mégohmmètre ; « Multimeters » pour la boîte qui réunit tout. Il écrit pour l’aiguille ; tout vaut pour le numérique, dont l’entrée est une résistance fixe.

Passerelles

Histoire
De la boussole d’Ørsted au cadre mobile de d’Arsonval, soixante-deux ans pour qu’une aiguille suive le courant droit, Galvanomètre.
Physique
Deux fils dans une gaine font un condensateur de quelques centaines de picofarads, assez à 60 Hz pour un voltmètre à 10 MΩ, Capacité parasite.
Mathématiques
La valeur efficace est la racine de la moyenne des carrés ; elle vaut le maximum sur √2 pour une sinusoïde et le maximum tout court pour un carré, Valeur efficace.
Électricité du bâtiment
Le pouvoir de coupure d’un fusible, le courant qu’il peut interrompre sans éclater, est ce qui sépare le fusible du multimètre d’un fusible d’auto, Fusible (électricité).

Ce que ça débloque

Et ensuite ?