La leçon
1.3 Loi d’Ohm et puissance
RAS 3 de 9 du domaine 1 · Fondements, courant continu
Calculer, prévoir l’échauffement.
Comprendre
Trois grandeurs, une seule relation : la tension tire, la résistance retient, le courant est ce qui passe. I = U ÷ R. Tout le reste du RAS, c’est apprendre à la lire dans les trois sens sans réfléchir, et à la sentir : doubler la tension double le courant ; doubler la résistance le divise par deux.
Elle n’a pas toujours été évidente. En 1827, Georg Ohm enseigne les mathématiques dans un collège de Cologne. Les piles de son temps dérivent pendant qu’on mesure, alors il prend un thermocouple, deux métaux dont la jonction chauffée tient une tension stable, et une aiguille aimantée pour lire le courant ; il emprunte à Fourier, qui venait d’écrire la chaleur qui s’écoule dans un barreau, l’idée d’un flux proportionnel à une différence. Ce qui sort est une droite. L’Allemagne savante n’en veut pas : la critique parle d’un tissu de pures fantaisies, un ministre juge qu’un professeur qui prêche de telles hérésies est indigne d’enseigner, et Ohm quitte son poste. Londres le reconnaît en 1841, Munich lui donne une chaire en 1852, et les télégraphistes donnent son nom à l’unité dans les années 1860. Le chemin avant la formule, ici, c’est quinze ans de mépris pour une proportionnalité.
La puissance est la deuxième idée, et c’est elle qui fait chauffer, fondre et brûler. P = U × I, donc aussi P = I²R et P = U² ÷ R. La forme I²R est celle qu’il faut avoir en tête à l’établi : à courant égal, c’est la résistance qui chauffe, et un fil trop fin est une résistance. Un pack d’outil qui débite 30 A dans un connecteur de 5 mΩ y laisse 4,5 W, dans une pièce grosse comme un ongle.
Le fil, maintenant. Dix mètres de cordon AWG 16 font vingt mètres de cuivre, aller et retour, à 13 mΩ le mètre : un quart d’ohm. Sous 15 A, c’est 3,9 V de perdus et 59 W de chaleur répartis sur le cordon, qui tiédit. Le même travail en AWG 12, 5,2 mΩ le mètre, perd 1,6 V et 23 W. Et le même travail à 48 V au lieu de 12 demande quatre fois moins de courant, donc seize fois moins de chaleur dans le même fil : c’est une des raisons des packs d’outils à 36, 48 et 56 V, et elle vaut pour tout ce que le courant traverse, le bobinage, les cellules, les contacts et le fil, qui chauffent tous en I²R. La section se choisit sur deux critères, la chaleur que le fil supporte et la chute que la charge tolère, et c’est presque toujours la chute qui commande en basse tension.
L’erreur classique : croire qu’une résistance « de 10 Ω » est une résistance de 10 Ω dans tous les cas. Elle a aussi une puissance maximale, souvent un quart de watt pour les petites. À 12 V, 10 Ω laissent passer 1,2 A et dissipent 14 W : la pièce est morte avant qu’on ait fini de lire le multimètre. On choisit toujours la résistance par sa valeur et par sa puissance, avec une marge de deux.
Ce que la source n’a pas
La basse tension. Kuphaldt fait le calcul de section par la chute, mais sur une ligne à 230 V et 25 A, où le fil qui ne chauffe pas suffit rarement ; il ne dit pas qu’à 12 V, trois pour cent de chute font 0,36 V et qu’un moteur les sent. La règle des trois pour cent en continu basse tension, et le fil que le voisin au bout du cordon tolère, sont à nous.
Le connecteur comme résistance. Un XT60 neuf fait un ou deux milliohms, un usagé cinq ou dix ; à 30 A, c’est la différence entre tiède et brun. Kuphaldt n’a pas de milliohms dans son chapitre 2 ; à l’établi, ce sont les seuls qui comptent.
Voir
Le même circuit dans le simulateur : touche la résistance ou la source pour changer leur valeur, et regarde le courant.
Les cibles
- Calculer la troisième grandeur. Trois exercices à la suite, sans table ni calculatrice pour les valeurs rondes ; c’est automatique ou ça ne l’est pas.
- Prévoir la puissance dissipée et choisir le calibre. Pour un montage donné, écrire la puissance, puis la résistance qu’on achèterait, avec la marge.
- Mesurer U et I et retrouver R, à 5 % près. Un montage réel, deux mesures, un calcul, et l’écart avec la valeur marquée : la première preuve à l’instrument du tableau.
- Le fil trop fin. Calculer l’échauffement d’un fil pour un courant donné, puis choisir la section qui tient, chaleur et chute.
- La table AWG et la chute de tension. Dix mètres de câble, un courant, la chute en volts et ce qu’elle fait au moteur au bout.
- Diagnostic : la résistance brûlée. Sur un schéma, dire ce qu’elle faisait, ce qu’elle a protégé, et pourquoi elle est morte : surtension, court en aval, ou un calibre choisi sans marge.
Les idées fausses
« Un gros fil fait passer plus de courant. »
Le courant, c’est la charge qui le décide, par sa résistance ; le fil ne décide que de ce qu’il perd en chemin, en volts et en chaleur. Un gros fil ne tire rien de plus, il laisse moins.« La loi d’Ohm vaut pour tout. »
Elle vaut pour une résistance dont la valeur ne bouge pas. Le filament d’une lampe résiste dix fois plus chaud que froid ; une DEL n’a pas de résistance au sens d’Ohm, elle a un seuil. Kuphaldt le dit dans « Nonlinear conduction » : la loi est une loi de matériau, et les matériaux ont des conditions.« Une résistance de 1 W dissipe 1 W. »
Elle le fait, à 70 °C d’air ambiant selon sa fiche, et sa surface monte alors vers 150 °C : elle brunit le circuit, dérive, et vieillit vite. La marge de deux n’est pas de la méfiance envers la fiche, c’est ce qu’on paie pour une pièce tiède qui tient dix ans.
Le mot
Ohm
Georg Simon Ohm, 1789-1854, fils d’un serrurier d’Erlangen qui avait appris les mathématiques seul et les avait enseignées à ses fils. L’unité de résistance prend son nom dans les années 1860, chez les télégraphistes britanniques, et le congrès de Paris le confirme en 1881. Le symbole est une lettre grecque, Ω, proposée par William Preece en 1867 pour une raison d’oreille : l’oméga se prononce comme le nom de l’homme. En anglais, ohm, le même mot ; et la loi, Ohm’s law, avec un possessif que le français a laissé tomber.
Lire
Kuphaldt, Lessons in Electric Circuits, volume I (DC), chapitre 2 : Ohm’s Law. « How voltage, current, and resistance relate », « Calculating electric power » et « Resistors » sont le RAS au complet ; « Nonlinear conduction » est la porte vers les diodes du domaine 3. Le fil est au chapitre 12, Physics of conductors and insulators : « Specific resistance » donne la résistance par longueur et fait le calcul de section par la chute, « Conductor ampacity » celui par la chaleur.
Passerelles
- Physique
- La loi d’Ohm est une loi de matériau avant d’être une loi de circuit : la résistivité, et la vitesse de dérive des électrons, étonnamment lente, Loi d’Ohm.
- Mathématiques
- Une proportionnalité à trois variables : savoir l’isoler dans les trois sens, et lire une droite dont la pente est la résistance, Proportionnalité.
- Histoire
- Georg Ohm publie en 1827, et ses collègues le méprisent pendant quinze ans ; l’unité porte son nom depuis les années 1860, confirmé à Paris en 1881, Georg Ohm.
- Chimie
- L’oxyde de cuivre est un semi-conducteur : un contact bruni est une résistance qui n’était pas sur le schéma, Oxyde de cuivre(II)).
Ce que ça débloque
Et ensuite ?
- 1.4 Série, parallèle, mixte : la même loi, mais plusieurs résistances à la fois, et le diviseur de tension.
- La chute sur dix mètres : la table AWG vérifiée au voltmètre, aux deux bouts d’un cordon.
- Pourquoi un contact chauffe ? : I²R dans cinq milliohms.
- 1.2 Les grandeurs : le watt, et pourquoi c’est lui qui brûle.